Après 50j, la France est toujours sans gouvernement.
Il y aurait beaucoup à dire sur la désinvolture avec laquelle M. Le Président Macron prend les choses, ne se pressant en rien, ne prenant pas la parole, ne prenant aucune mesure concrète, n’esquissant pas de plan.
Il consulte, c’est déjà mieux qu’il y a 2 semaines lorsqu’il soutenait qu’il fallait attendre la fin des jeux paralympiques pour s’y mettre.
C’est mieux mais c’est bien peu.
Il y aurait beaucoup à dire également sur l’attitude choquante des ministres démissionnaires, qui sont censés ne plus prendre de décisions politiques mais qui continuent pourtant de le faire (comme Mme Belloubet enterrant les groupes de niveau à l’école, quoi qu’on pense de la mesure, car ce n’est pas conforme à ses valeurs).
Le comble semble atteint par les ministres députés qui jouent sur les deux tableaux un jeu particulièrement malsain: ministre le matin, députés l’après-midi. Voilà qui doit rendre bien facile les questions au gouvernement et bien difficile pour le parlement de jouer son role de contrôle de l’executif…
Mais bon, dire cela, c’est vrai, mais ça ne fait pas avancer le débat. Alors, essayons d’analyser ce à quoi on peut désormais s’attendre.
Commençons par un bref récapitulatif des résultats, car leur simple arithmétique permet de comprendre bien des choses.
Il y a 577 députés, la majorité absolue est à 289.
Voici le compte des députés :
- RN et affiliés:143 députés
- LR: 42
- Divers droite, divers gauche, centre: 38
- Ensemble: 162
- NFP: 182
On peut donc constater 3 choses
-> Personne ne s’impose, il faut se coaliser
-> Aucune coalition évidente n’a toutefois la majorité, notamment
Le NFP ne peut pas rassembler
Le groupe central Ensemble + divers + LR ne parvient qu’à 242 députés, si tant est que LR accepte une coalition. Ajouter une partie du PS ferait probablement perdre LR et donc ne permettrait pas de résoudre le problème.
-> Dans cette configuration qui impose le compromis, les groupes qui s’interdisent de travailler avec tout le monde n’iront pas bien loin car ils ne pourront pas imposer leurs idées.
Or, à ce stade, le NFP ne veut d’alliance avec aucun des deux autres grand bloc. Idem pour Ensemble.
Seuls les LR et le RN font profession de parler au moins à d’autres qu’eux-mêmes.
Le decor étant ainsi planté, que peut-on en conclure quand à la politique suivie et le choix du personnel ?
Premièrement, la politique suivie sera probablement de droite: Il est probable qu’un bloc central minoritaire se construira avec LR + centre + une partie d’Ensemble.
Ce bloc sera très minoritaire et n’intégrera pas le RN mais il mènera une politique RN-compatible sur quelques sujets clés, ce qui empêchera la censure.
Bref, ce qui sauvera finalement la situation sera précisément l’attitude conciliante de ce parti qu’on dit extrême, ce qui constituera une sacrée ironie…
Deuxième chose intéressante, c’est probablement la plate-forme de mesures politiques commune qui déterminera pour une fois le choix du personnel politique pour l’incarner et non l’inverse (le fond avant les hommes).
Bien sûr, à court terme on n’a pas cette impression, car on se focalise sur le choix du premier ministre, mais c’est bien pour ça que ça n’avance pas. Lorsqu’on parlera programme, les choses iront plus vite.
Enfin, dernier point, sur le choix des hommes, il est peu probable que le premier ministre soit marqué politiquement.
Les tentatives grotesques de M.Macron de nommer des profils très politiques qui continueraient sa politique sous un autre nom ont heureusement fait long feu et ne sont pas très significatives.
Il suffit simplement de constater que le programme primera sur le personnel et que donc on demandera surtout au premier ministre d’être quelqu’un d’honnête, capable d’être respecté par tous ceux qui acceptent le programme.
Je penche donc pour des profils techniques ou pour des politiques sans ambitions supplémentaires (M. Larcher par exemple)
Le dernier enseignement qu’il est possible de tirer de la situation concerne la méthode.
Après 50j sans gouvernement, je pense qu’il est loisible de dire que la méthode suivie par M. Le Président Macron n’est pas la bonne.
Et ce pour deux raisons principales.
La première c’est qu’elle s’axe sur le choix des hommes au lieu de s’axer sur un programme minimal de réforme. J’espère avoir convaincu mes lecteurs dans la première partie de ce billet qu’il fallait plutôt faire l’inverse, je n’y reviens pas.
La deuxième raison c’est qu’elle marque la quintessence de l’esprit technocratique du Président. C’est cette façon de croire que quelques experts (voire un seul expert, lui-même) vont en savoir suffisamment plus que tout le reste du pays pour décider seuls ce qu’il faut faire.
Le voilà donc, consultant et reconsultant tout seul, essayant de forger des compromis politiques dont il ne dit rien, … et bien sûr échouant.
Bien sûr car la situation est trop fluide et instable. Il est impossible de prévoir toutes les dynamiques qui peuvent être à l’œuvre. Il faut les essayer. Il faut nommer, échouer, recommencer. Et par la dynamique de la dialectique, laisser les compromis se trouver tout seuls.
Par ailleurs, cette approche prive les français de clarification: tout se fait dans les salons de l’Elysee, par le fait du Prince, ce qui détruit à l’avance la légitimité du resultat.
Ainsi, pour prendre un exemple, les électeurs du NFP seront désormais toujours amers que Mme Castets n’ait pas été retenue. Alors que si elle avait été nommée puis censurée dans la foulée, certains auraient pu comprendre qu’ils n’avaient pas gagné l’élection et devaient mettre de l’eau dans leur vin. On aurait peut-être avancé.
Bref, comme toujours, on sacrifie la légitimité qui viendrait d’une discussion transparente et honnête sur l’autel d’une prétendue efficacité des experts.
Efficacité qui d’ailleurs n’est pas au rendez-vous.
Disons-le, ce mode de pensée archétypique du macronisme ne fonctionne pas en France et ce malheureux épisode nous le prouve chaque jour.
C’est peut être cela la principale leçon à retenir pour la suite.
Pour le reste, attendons avec confiance qu’un premier ministre technique ou sans ambition soit nommé pour appliquer la politique de droite que les Français dans leur majorité souhaitent.
Et soyons confiants, cela finira bien par arriver.
Mise à jour du 05/09: La réalité nous rattrape et un nouveau premier ministre est nommé. Il s’agit effectivement d’un homme assez consensuel, issu des LR et qui n’a plus d’ambitions politiques à long terme. Le NFP a indiqué qu’il censurerait. Le RN a effectivement dit qu’il « jugerait sur pièce », se positionnant de facto dans son rôle d’arbitre. L’essentiel de mon raisonnement me semble donc validé. Mais rien ne dit que cela durera…

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