Voilà désormais plus d’un mois que le gouvernement expédie, comme le dit l’adage, les affaires courantes.
Cette situation est apparue comme une réponse temporaire et de circonstance à la disparition soudaine des équilibres politiques (résultat des législatives), et ce dans le contexte d’un défi sécuritaire important et imminent (les JO).
Pour résumer, Il ne fallait pas « changer de capitaine au milieu de la tempête » …
Cet argument semblait sensé. Il était pourtant dès le départ franchement douteux.
Les ministres et le gouvernement n’ont en réalité aucun role dans la gestion quotidienne ou extraordinaire des services de l’Etat
- Les professeurs n’ont pas besoin du Ministre de l’Education Nationale pour assurer leurs cours.
- Les policiers n’ont pas besoin du Ministre de l’Interieur pour mener leurs enquêtes ou organiser le maintien de l’ordre.
- Les infirmiers savent prendre en charge les blessés sans supervision du Ministre de la Santé,
- etc …
En fait l’idée même que chaque ministre soit en permanence en train d’ »ajuster un boulon ici » ou de « serrer une vis là », l’idée que sans eux l’Etat s’écroulerait en quelques instants, bref l’idée que ce gouvernement soit si indispensable qu’on ne puisse se passer de lui quelques semaines, cette idée-là devrait susciter au mieux un haussement de sourcil étonné et au pire, je le crois, un vaste fou rire.
Par ailleurs, on voit mal en quoi (au hasard) les ministères de l’Education Nationale, de l’Industrie, de l’Economie et des Finances, de la Santé, … sont impliqués dans la réussite des JO.
Retarder la nomination d’un nouveau gouvernement, c’est donc prendre du retard sur certains des dossiers les plus urgents pour la France (dette publique, politique économique, dégradation de l’Education Nationale et du service de Santé, …)
Il est donc à mon sens légitime d’exiger que le Président agisse et nomme un nouveau gouvernement conforme aux souhaits exprimés par les français et qu’il le fasse le plus rapidement possible.
Confronté à cette question, le camp présidentiel a longtemps fait valoir qu’il ne pouvait rien faire en l’absence d’accord du Parlement.
C’est un argument spécieux car c’est bien au Président de prendre l’initiative.
D’une part car il est le garant des institutions.
D’autre part car c’est lui qui a concrètement le pouvoir constitutionnel de nommer le premier ministre.
Enfin, et je m’excuse par avance pour le langage fleuri, car il est le principal responsable du bazar dans lequel nous sommes …
Pour illustrer à quoi cela pourrait ressembler, je vais me permettre de citer une idée qui n’est pas de moi mais de M. Henri Guaino.
Tout le monde connait M. Guaino, grand serviteur de l’Etat, dont on peut bien sûr apprécier ou pas les idées mais qu’on ne peut guère soupçonner ni de légèreté, ni d’incompétence.
Le concept est assez simple, il s’agit de laisser le système de la Veme fonctionner:
Nommer un premier ministre, lui demander de former un gouvernement.
S’il échoue (au bout de 10j ou suite à motion de censure réussie), prendre acte de son échec.
Et recommencer.
Jusqu’à ce que, les équilibres se modifiant, les esprits se clarifiant, cela fonctionne.
Cela peut sembler idiot à des esprits qui voudraient que tout soit calculé à l’avance, qui aimeraient bien avoir envisagé tous les scénarios, calculé tous les possibles … pour pouvoir se placer au mieux.
Mais cela fonctionne et pour une raison très simple: cela met chacun devant ses responsabilités:
Ceux qui veulent gouverner doivent réellement rassembler et pas seulement le dire.
Ceux qui s’opposent doivent expliquer pourquoi ils votent la censure.
Ceux qui ne font rien doivent justifier où ils étaient pendant le vote.
Il n’est donc plus possible de feindre de vouloir le pouvoir puis de blâmer les autres.
Il n’est plus possible de proposer des programmes utopiques soutenus par une minorité et ensuite de dénoncer des coups de force lorsqu’ils ne sont pas retenus.
C’est la Grande Clarification (!)
Cela vivifie la vie démocratique, on voit qui se bat pour quoi. Et puis ce n’est pas bien grave puisque pendant ce temps là, le pays reste géré par la haute fonction publique comme depuis 30 ou 40 ans.
Il serait donc temps de le faire.
A ce stade, M. le Président Macron est au milieu du gué. Les JO sont terminés, chaque groupe parlementaire a son candidat.
C’est bien à lui d’agir. Or il ne fait rien.
Son inaction interroge.
Je comprends que certains, de bonne foi, lui accordent le bénéfice du doute. Je le comprends sincèrement.
Après tout, les parlementaires actuels ne brillent pas tous par leur sens civique et un mois ce n’est pas si long.
Toutefois, si le Président Macron n’agit pas maintenant, s’il trouve demain une nouvelle raison d’attendre, s’il lance une autre manœuvre dilatoire, alors le doute ne sera plus permis: il apparaîtra non plus comme le Président soucieux de l’intérêt des français mais comme un petit homme mesquin qui s’accroche à un pouvoir qu’il n’a plus.
Quoi qu’on pense de M. Macron, qu’on l’apprécie ou pas, personne ne peut souhaiter cette issue pour notre pays.
Car si l’absence de gouvernement ne nuit pas à la gestion quotidienne de l’Etat et ne met pas en danger les Français, elle a par contre d’immenses conséquences à long terme sur la vie démocratique et les engagements futurs de l’Etat, conséquences qui imposent d’agir vite.
Ne pas le voir et se réjouir finalement que les choses continuent comme avant, serait pire qu’une erreur politique, ce serait une faute dont nous payerions tous le prix rapidement et chèrement.

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