Les triathlètes ont donc plongé dans la Seine et, malgré quelques désagréments ultérieurs pour certains, personne n’en est mort.
L’épreuve a pu se dérouler et générer de belles images de sport en plein Paris.
C’est d’ailleurs essentiellement de cela dont il s’agissait, d’image.
Mais pas vraiment l’image de Paris ou de la France, car ce dont il était question, c’était l’image du volontarisme politique.
Mmes Oudéa-Castera et Hidalgo avaient tenté de préempter ce bénéfice d’image en se baignant dans la Seine quelques jours plus tôt.
Mrs Attal et Macron, eux, ne se sont pas mouillés, mais ont rivalisé pour sortir le premier tweet victorieux dès l’épreuve passée.
Le ton de toutes ces interventions était le même: « grâce à moi, grâce à mon action, …. quand on veut on peut … les autres sont des grincheux ».
Cela n’avait rien à voir avec la beauté de notre pays ou de notre capitale et malheureusement tout à voir avec leur personne et les gains politiques qu’ils espéraient récolter.
J’ai conscience en écrivant ces lignes d’être vaguement insultant et croyez bien que cela me peine de décrire en ces termes le Président et le Premier Ministre de la France.
Mais enfin, on en est là. Le pays n’a pas de gouvernement, les crises s’accumulent, la dette s’empile, l’insécurité explose, … et face à cela, le volontarisme politique c’est de rendre baignable pendant quelques jours les eaux du 1er port de France…
Les bras m’en tombent.
Mais bon, traitons ce dossier puisque je l’ai ouvert.
Rappelons d’abord qu’il y avait de multiples alternatives non couteuses pour organiser cette épreuve: Il aurait été possible d’utiliser le plan d’eau d’une des nombreuses bases de loisirs franciliennes, ce qui aurait permis ensuite aux athlètes de revenir en vélo vers Paris, de finir par le marathon sous nos beaux monuments et donc de générer de belles images aussi.
Ou bien il aurait été possible de penser au bien-être des athlètes et d’utiliser les solides infrastructures existantes d’autres villes qui organisent régulièrement ce type d’épreuves (Vichy par exemple organise chaque année l’épreuve française du circuit mondial IronMan dans le lac d’Allier).
Puisque j’évoque le coût, parlons-en. L’Etat lui-même a chiffré le coût de l’affaire à 1500 millions d’euros.
Avouons-le, il est bien difficile de se rendre compte de ce que représente une telle somme.
J’ai donc pris quelques exemples dans différents contextes pour que chacun, en fonction de sa sensibilité, s’y retrouve.
Avec 1500 millions d’euros, on pourrait:
- Fournir à 200 000 agriculteurs pauvres un revenu d’urgence de 208 euros par mois pendant 3 ans.
- Ou bien payer le salaire de 10 000 professeurs supplémentaires pendant 3 ans.
- Ou bien acheter 375 obusiers Caesar (et donc quintupler la puissance de feu de l’armée de Terre Française).
- Ou bien réduire de 2% le montant d’impôt sur le revenu de tous les contribuables qui le payent.
Accessoirement, au moment où l’Etat dépensait 1500 millions pour rendre la Seine temporairement baignable, il demandait au Ministère de la Transition Ecologique de réduire son budget de 1 400 millions.
Bref, 1500 millions d’euros ce n’est pas une petite somme, ce n’est pas rien, et cela pourrait surtout avoir de multiples autres usages bien plus utiles.
Dans cette situation, on pourrait espérer que les responsables se sentent vaguement mal à leur aise, que le gouvernement soit interpellé à la chambre, bref qu’il y ait des conséquences.
Mais non.
Il est vrai que les décideurs ont allumé deux contrefeux:
D’abord ils ont déclaré que ceux qui se plaignaient étaient des grincheux, des pisse-froids qui ne comprenaient pas le sens de la fête du sport.
C’est l’argument habituel des cigales qui nous dirigent depuis 40 ans. Ils dépensent n’importe comment notre argent, en omettant même parfois de financer des services publics essentiels (l’aide à l’enfance par exemple). Mais si on leur demande des comptes, c’est qu’on n’a rien compris, qu’on fait du mauvais esprit, voire pire, qu’on fait de la politique. Car Mrs Macron, Attal et Mmes Hidalgo et Oudéa-Castera ne font bien sûr jamais de politique, eux …
Ensuite ils ont déclaré que la Seine serait baignable pour tout le monde dès 2025, sous-entendant ainsi que l’argent n’avait pas été dépensé en vain mais servirait à tout le monde.
Il est permis d’en douter car la Seine est l’artère centrale de Haropa Port, le Grand Port fluvio-maritime de l’axe Seine, qui est le 1er port de France et le 4ème port nord-européen (https://www.haropaport.com/fr/qui-sommes-nous)
Mais même si c’était le cas, je ne crois pas que cela corresponde à une demande réelle des parisiens et des franciliens. De même qu’il ne viendrait à l’idée de personne de se baigner dans le port de Dunkerque ou au milieu des chantiers navals de Saint-Nazaire, j’ai vécu 15 ans à Paris et je n’y ai jamais rencontré quelqu’un qui souhaite de près ou de loin se baigner dans la Seine (!)
Donc si je résume, je dirais qu’on retrouve bien ici le cocktail classique de la mal-gouvernance à la française:
Des projets absurdes et inutiles. Un coût pharaonique. Une absence total de remise en question par les décideurs. Puis lorsque le boulet se rapproche, des mensonges pour se couvrir et détourner l’attention.
Ce « nouveau monde » ressemble quand même furieusement à l’ancien (et ce n’est pas un compliment).

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